Le lendemain, au petit-déjeuner, les parents n’ont pas voulu entendre les explications des enfants, ils leur ont dit qu’ils devaient se supporter l’un l’autre jusqu’à la fin de l’année. Qu’il n’y en avait plus que pour quelques semaines et qu’on verrait pour l’année prochaine. De toute façon, Louis irait au Lycée qui était loin de l’école de Marguerite… Ils avaient l’air encore fâchés.
Les journées semblaient interminables à Marguerite. Louis lui parlait un minimum, à la maison comme à l’école. Nanny ne répondait pas à sa lettre. Ne s’était-elle pas trompée dans l’adresse ? Ou le facteur ne l’avait-il pas perdue ? Elle se demandait ce qu’elle allait avoir à son anniversaire dont personne ne semblait se préoccuper. Au moins, ils n’allaient pas l’oublier ?

Marguerite se trompait. Nanny avait bien reçu la lettre. Et cette lettre pleine de fraîcheur de sa petite fille l’avait émue. Elle aussi, quand elle était petite, avait eu envie de voyager… mais à cette époque, les petites filles restaient à la maison, c’était déjà bien si elles continuaient un peu leurs études. Et puis, il y avait une autre raison. L’Italie, c’était Henri ! Henri, c’était son amour de jeunesse quand elle avait 15 ans. Mais les parents d’Henri avaient déménagé. Plus tard elle avait connu le grand père de Marguerite, ils s’étaient mariés. Quelques années après Henri était revenu… puis était reparti. La vie avait continué, les enfants étaient venus, avaient grandi, s’étaient mariés à leur tour. Son pauvre Gaston avait été tué par un chauffard, cela faisait maintenant vingt ans. Trois ans après l’accident, Henri avait donné des nouvelles disant qu’il avait appris par un ami commun la mort de Gaston. Régulièrement, il lui envoyait ses vœux en début d’année. Il était antiquaire à Florence. Depuis deux ans, il l’invitait pour lui faire visiter la ville en expliquant qu’il avait une grande maison. Mais Nanny n’avait jamais donné suite. C’est vrai qu’elle avait toujours quelque chose d’autre à faire : ses amies, son association des monuments ruraux de Dordogne, les petits-enfants à accueillir… Petit à petit Nanny finit par penser que ce serait bien pour Marguerite d’aller à Florence : les filles modernes devaient voyager. Et qu’Henri était la bonne solution pour réaliser ce rêve.
Mais cela n’allait pas être facile ! En effet, le père de Marguerite n’allait pas accepter si facilement. Nanny se dit que c’était par la mère de Marguerite qu’elle allait emporter la décision. Aussi lui écrivit-elle une lettre.